Dans une atmosphère empreinte de dialogue et d’ouverture, le Parc national de la Garamba (PNG) a organisé, mercredi 15 octobre 2025, une importante rencontre de concertation avec les communautés riveraines et les autorités locales à Nagero Lodge, dans le territoire de Dungu, à une vingtaine de kilomètres de Faradje, en République démocratique du Congo. Cette réunion s’inscrivait dans le cadre d’une démarche de transparence et de redevabilité envers les populations vivant aux abords du parc, à l’aube d’un nouveau mandat de dix ans conclus entre l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et African Parks.

Autour de la table, se sont retrouvés les représentants des chefferies Wando, Logo-Ogambi et Mondo-Misa, les synergies de la société civile de Dungu et Faradje, les administrations territoriales des deux territoires, ainsi que le conseiller de la ministre provinciale de l’Économie, du Budget, de l’Environnement et des Ressources naturelles.

Plusieurs thématiques ont été abordées, notamment la cogestion participative du parc, la conservation communautaire, et l’élaboration conjointe d’un plan de développement local.

Le directeur chef de site du PNG, M. Philippe Decoop, a ouvert la séance en dressant un constat lucide sur les limites de l’ancien modèle de gestion :

« Je constate que nous avons parfois engagé des activités sans avoir forcément consulté toutes les parties prenantes présentes ici. Et après, nous venons vous rencontrer pour vous informer de ce qui a été fait. Nous voulons changer cela. Cette réunion d’aujourd’hui marque le début d’une nouvelle façon de fonctionner ».

Il a réaffirmé la volonté du parc d’impliquer désormais les communautés locales au cœur des décisions, dans un esprit de collaboration, de transparence et de respect mutuel.

Pour sa part, M. Atigada Odibobi Chadrack, conseiller de la ministre provinciale, a souligné l’importance de transformer la conservation en un outil de cohésion sociale plutôt qu’en source de tensions :

« Il est de notre devoir de veiller à ce que la conservation ne soit pas perçue comme une source de conflits ou d’exclusion, mais comme un projet commun bénéfique à tous. Les tensions naissent souvent d’un partage inéquitable des bénéfices et des responsabilités. Ce sont là des occasions de résoudre ces malentendus, et de tourner la page ».

Tout en rappelant que la construction d’infrastructures de base — écoles, centres de santé, routes — relève du mandat de l’État, il a salué les efforts du parc lorsque celui-ci parvient à y contribuer, soulignant la complémentarité entre conservation et développement local.

Les interventions des leaders communautaires ont traduit un réel engagement pour cette nouvelle approche inclusive.

Le chef Marc Gbiahidi, représentant la chefferie Wando, a salué la démarche participative du parc :

« De nouvelles résolutions ont été prises lors de ces assises, et nous osons croire que cela nous amènera à un changement. Il faut une concertation pour que les communautés riveraines puissent également se retrouver dans ce qui se passe dans le parc. Car il y a un adage qui dit : ce qui se fait pour moi sans moi est contre moi ».

De son côté, M. Bule Colette, notable de Logo-Ogambi, a exhorté les communautés à maintenir leur confiance dans le processus engagé par la direction du parc :

« Ce n’est pas la première fois que nous participons à une rencontre avec le PNG. À chaque réunion, les communautés expriment leurs attentes, mais nous espérons que, cette fois-ci, elles se traduiront par des réalisations concrètes. Nous appelons nos populations à l’apaisement et à privilégier la voie pacifique pour faire entendre leurs revendications. Le PNG a rappelé l’existence du mécanisme de gestion des plaintes, un cadre qui permet désormais aux communautés de transmettre leurs préoccupations soit directement au parc, soit à travers d’autres instances prévues à cet effet, afin de trouver ensemble des solutions durables ».

Les trois chefs de chefferies Ai du complexe de Garamba ont, quant à eux, lancé un appel à l’apaisement et à la cohésion :

« Le conflit ne se règle pas par la violence. Notre présence ici est un signe d’espoir pour toute la communauté riveraine. »

La rencontre s’est clôturée sur une note symbolique avec la visite des rhinocéros du parc — véritables emblèmes de la Garamba —, un moment fort qui a ravivé la fierté des participants et rappelé l’importance de préserver ces trésors naturels.

Cette réunion marque un tournant décisif dans la relation entre le Parc national de la Garamba et ses communautés voisines.

Elle constitue une opportunité privilégiée pour renforcer la cohabitation pacifique entre l’homme et la faune, réduire les conflits, et bâtir une gouvernance partagée autour de la conservation et du bien-être des populations locales.

L’expérience de la Garamba pourrait bien devenir un modèle inspirant pour d’autres initiatives de conservation en République démocratique du Congo, pays à la biodiversité aussi riche que fragile.

Par Maliamungu Aksante Jean

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