Après de longues années marquées par l’instabilité sécuritaire, le groupement de Bokucho entre résolument dans une nouvelle ère. En effet, à la suite de la stabilisation progressive de cette entité jadis en proie aux violences armées, l’heure est désormais à la restauration effective de l’autorité de l’État, pilier fondamental de la gouvernance locale et de la cohésion sociale.
C’est dans ce contexte hautement symbolique que le nouveau chef coutumier du groupement Bokucho a été officiellement installé ce mardi 10 février 2026 à Balingina, chef-lieu du groupement, en chefferie des Walese Vonkutu, territoire d’Irumu. Il s’agit de Sa Majesté Siopu Atchunde Kilimani Christophe, investi par l’administration militaire du territoire, en présence des autorités politico-administratives, des chefs coutumiers, ainsi que d’une population civile nombreuse et visiblement mobilisée.
Ainsi, la cérémonie, sobre mais solennelle, a été ponctuée par la lecture de l’extrait du procès-verbal d’installation provisoire par le colonel Siro Nsimba Bunga Jean, représentant de l’autorité territoriale. À travers cet acte administratif, l’État congolais a, de manière claire et officielle, réaffirmé sa volonté de replacer les institutions traditionnelles au cœur de la gouvernance locale.
Par ailleurs, dans son serment public, le nouveau chef coutumier a juré de respecter la Constitution de la République démocratique du Congo, de servir loyalement la nation et de ne jamais trahir les intérêts du peuple, « jusqu’au sacrifice suprême ». Ce serment, à forte portée symbolique, traduit l’engagement personnel de Sa Majesté à inscrire son leadership dans une logique de paix, de justice et de responsabilité.
De ce fait, cette installation marque bien plus qu’un simple changement de leadership coutumier. Elle s’inscrit, en réalité, dans une dynamique globale de pacification et de reconstruction de l’autorité de l’État dans une zone longtemps fragilisée par l’activisme des groupes armés. En effet, le groupement Bokucho, autrefois dirigé par Monsieur Baindi Tendebi, était considéré comme un bastion de la milice Chini ya Tuna, aujourd’hui signataire de l’acte d’engagement de cessation des hostilités.
Autrement dit, le groupement Bokucho illustre désormais le basculement progressif d’un espace de conflit vers un espace de gouvernance. Cette évolution s’inscrit parfaitement dans la droite ligne de la double approche, militaire et non militaire, prônée par le lieutenant-général Luboya Nkashama Johnny, gouverneur militaire de l’Ituri, visant à conjuguer sécurité, dialogue communautaire et réhabilitation de l’administration civile.
En définitive, l’installation de Sa Majesté Siopu Atchunde Kilimani Christophe apparaît comme un signal fort : celui d’un État qui revient, non pas par la force des armes, mais par la légitimité des institutions. Désormais, le défi majeur reste la consolidation de cette paix naissante, afin que Bokucho devienne, non plus un symbole de crise, mais un modèle de résilience, de stabilité et de renaissance institutionnelle en Ituri.
Par Gabriel Ekambu

